Intervention de Karine Berger devant le Conseil national du PS – 11 avril 2015

 

 

La motion que nous déposons s’appelle La Fabrique Socialiste. Après la première phase de notre congrès, nous avons construit l’alliance des contributions générales de Vers une République éco-citoyenne de Madeleine Ngombet, de La Boite à idées de Nicolas Brien, de AGIS de Dominique Bertinotti et la contribution générale de Cohérence socialiste.

 

 

  • La fabrique

 

Alors pourquoi une motion ? Parce que ce Congrès doit être utile ; parce que notre Parti est en mesure de produire beaucoup d’idées nouvelles pour relancer le quinquennat et pour reconquérir la confiance de nos électeurs ; parce que nous souhaitons soumettre 80 propositions aux militants pour qu’ils puissent les débattre et pour que nous soyons en mesure de réformer tout au long de la seconde partie du quinquennat.

 

Pourquoi ce titre La Fabrique ? Parce que le Parti socialiste doit redevenir la Fabrique des idées de la gauche de 2017. La Fabrique des nouvelles pratiques politiques. La Fabrique du renouvellement. La Fabrique de l’avenir avec tous les citoyens.

 

Et nous pensons qu’il y a urgence que le Parti socialiste réincarne l’avenir et l’espérance. Nous venons de terminer une période électorale difficile où les électeurs de gauche nous ont dit que nous n’incarnions plus complètement cet avenir. Au cours de ces départementales, les électeurs de gauche nous ont beaucoup plus parlé de politique nationale que de politique locale. Ils nous ont posé des questions, toujours les mêmes. Sur l’emploi bien sûr, mais aussi sur la retraite, la santé, les personnes âgées, le handicap… Quelle est notre réponse aux déremboursements de soins par la Sécu? Pourquoi certains de nos ainés modestes ont, pour la première fois de leur vie, payé un impôt sur le revenu l’an dernier ?

 

C’est d’abord à eux que le Congrès de Poitiers doit répondre. C’est d’abord aux électeurs de gauche déçus que nous devons penser dans ces 8 semaines qui nous amèneront à organiser le Parti socialiste pour les trois prochaines années. Si nous ne leur répondons pas maintenant alors nous ne pourrons pas être en ordre de marche pour 2017. C’est donc aux électeurs de gauche que La Fabrique propose des réponses, des mesures à prendre très vite, dans l’année qui vient, pour stopper l’hémorragie de confiance que la gauche affronte.

 

Notre motion portera quatre grands thèmes et 80 propositions. 80 propositions que nous voulons débattre avec les autres motions, et qui essaient de répondre à quatre grandes questions :

 

–           Comment peut-on reprendre la main politique dans la mondialisation ?

–           Comment le Parti socialiste répond à l’angoisse sociale de nos concitoyens ?

–           Comment peut-on reconstruire l’exemplarité de notre république

–           Et comment renforce-t-on la démocratie en France ?

Nous porterons nos propositions de réformes, nos réponses à ces quatre questions devant les militants.

Ces quatre questions, sont parties de celles auxquelles nous devons répondre pour les présidentielles 2017. En 2008 un modèle économique, politique et social s’est écroulé. L’état dans lequel les socialistes ont retrouvé le pays en 2012 a nécessité une première phase de redressement. Désormais la situation exige la recherche de solutions radialement nouvelles sur le plan économique et social qui soient en même temps cohérentes et réalistes.

 

Quelques exemples de ces 80 propositions : face au chômage, nous proposons de consacrer aux chômeurs de longue durée 30% des 34 milliards d’euros consacrés chaque année à la formation professionnelle, au lieu des 2% actuels. Nous proposons aussi de décider un moratoire sur la baisse des dotations aux collectivités territoriales pour l’emploi dans le BTP. Face à la crise de confiance européenne, nous proposons de consulter systématiquement le parlement français au début de l’élaboration de nouvelles directives. Face à la crise sociale, créons un service public des maisons de retraites. Je ne vais pas vous présenter nos 80 propositions car le débat ne fait que commencer.

 

Et nous porterons les moyens politiques de les mener. Avec deux grandes questions : comment faire disparaître la fracture qui nous déchire en deux ? et comment faire pour que le Parti socialiste puisse transformer ces idées de réformes en réformes véritables portées par le gouvernement?

 

  • Refus du bloc contre bloc

 

Notre parti ne peut laisser se casser en deux. Cela créerait la désespérance à gauche. Ce que nous avons vécu au sein du groupe socialiste à l’Assemblée nationale ne doit pas se reproduire ; d’abord parce que oui nous devons soutenir notre majorité et notre gouvernement. Mais aussi parce que nous ne pouvons pas laisser sous le tapis tous les débats qui nous divisent.

Nous refusons de vivre un congrès bloc contre bloc où les positions des uns et des autres sont essentiellement tactiques. Débattons de tout sans faire la synthèse avant même que les militants n’aient eu leur mot à dire. Puis laissons les trancher.

 

  • Rôle du Parti socialiste

 

Et après nous être réunis, sur des propositions claires, alors oui nous pourrons agir dans la seconde partie du quinquennat. Et pour cela, notre Parti doit redevenir une instance d’arbitrage politique auprès de la majorité et de l’exécutif. Depuis 2012, le lien s’est distendu entre les militants et les élus. Nous écrivons des textes mais dans les lois qu’on nous propose, on nous demande de voter l’inverse : cela ne peut plus continuer.

Les militants du Parti socialiste ne se sentent plus parties prenantes de cet exercice du pouvoir. Et si nous ne trouvons pas de solution face à ce malaise, nous ne serons pas en mesure de l’emporter dans deux ans. Il faut que la parole des militants retrouve un poids dans les décisions qui sont prises à Matignon. Il faut que les demandes du Parti socialiste soient de nouveau prises en compte par notre gouvernement. C’est tout le sens de notre motion : proposer de redonner aux militants un poids dans l’exercice du pouvoir actuel.

 

Notre engagement à tous doit être clair : ce que les militants auront voté, les membres du gouvernement et de la majorité devront le respecter y compris dans les décisions d’exercice du pouvoir.

 

  • Nouvelle génération

 

Enfin, pour rendre les militants fiers de leur Parti, il faut aussi la fabrique d’une nouvelle génération politique de gauche à laquelle nous passerons le témoin pour qu’ils inventent la suite du Parti socialiste.

Quels étaient les nouveaux visages sur les affiches des départementales ? Souvent, trop souvent, le Front national.

C’est un enjeu clé de ce Congrès : faire que la jeunesse se reconnaisse de nouveau dans la gauche, pour les deux prochaines années, mais surtout pour l’avenir de notre Parti, ceux à qui nous transmettrons le flambeau. Ce n’est pas facile quand on est jeune de se faire entendre dans notre Parti. C’est pour cela que notre motion choisit de mettre en avant cette jeunesse qui veut prendre des responsabilités pour le Parti socialiste de demain.

 

 

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En conclusion, réussir le congrès de Poitiers, c’est l’ambition de tous les Socialistes. Parce nous voulons pouvoir l’emporter en 2017 face à la droite et à l’extrême droite ; parce nous voulons poursuivre la transformation de la France ; parce que nous voulons continuer à écrire le socialisme pour anticiper le changement social et inventer la société de demain.

 

Réussir le congrès de Poitiers, c’est possible. Cela dépend de nous. C’est indispensable, et c’est au service de cette réussite que La Fabrique s’engage.